“Non, je ne suis pas l’homme le plus important du basket belge"

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En quelques mois seulement, le nom de Maarten Bostyn est devenu familier dans le microcosme du basket belge. Et pour cause : en plus d’être le président de Limburg United, il a été nommé à la tête de la Pro Basketball League et il occupe également un poste d’administrateur au sein de la BETfirst BNXT League. Pourtant, pas question de parler d’homme fort du basket belge. “Je suis peut-être l’un des plus investis mais certainement pas le plus important , commente-t-il. Je pense qu’aujourd’hui, peu importe le niveau, chaque personne qui s’occupe d’un club est importante. Beaucoup le font bénévolement et créent une atmosphère particulière au sein de leur club. À n’importe quel niveau, chaque club qui disparaît est une catastrophe. Tous ces gens ont un rôle important à jouer et je suis simplement l’un d’entre eux.”

Beaucoup d’humilité donc dans le chef de Maarten Bostyn qui, même s’il ne le voit pas de la sorte, est devenu, en quelques mois, l’un des personnages les plus influents du basket belge. Rencontre avec un homme aux multiples casquettes mais qui garde la tête sur les épaules et qui tente de faire évoluer positivement le petit monde de la balle orange.

Vous êtes aujourd’hui très impliqué dans le basket belge. Est-ce que c’est une ambition que vous avez toujours eue en vous ?

“Non, pas du tout. Quand j’ai commencé, mon ambition était d’avoir un club sain et d’arriver en D1. Après, si tu veux le faire grandir, il faut le faire connaître, le faire évoluer. Et c’est comme ça que je suis arrivé dans la League. C’est facile d’être sur le côté et de critiquer mais quand on veut faire changer les choses, il faut s’investir.”

Avant de passer à la BNXT League, n’était-il pas possible d’envisager plus d’équipes belges, venant de D2 par exemple, pour avoir un championnat avec plus de clubs ?

“Financièrement, la différence entre les clubs de D1 et de D2 est beaucoup trop importante. Je dirais qu’il faut au moins entre 800 000 euros et un million pour être compétitif en D1. Mis à part quelques exceptions, les budgets tournent autour de 100 000 et 200 000 euros en D2. Et puis, toujours lié à l’aspect financier, la différence de niveau est importante. On le voit en coupe de Belgique où il y a très peu de surprises.”

Vous êtes toujours convaincu que cette “fusion” des championnats belges et néerlandais est une bonne chose ?

“C’est encore un peu tôt pour juger mais j’ai pu noter pas mal d’enthousiasme ces dernières semaines tant au sein des clubs que du côté des supporters. Ce qui est intéressant, c’est que très tôt dans la saison, les équipes se battent pour décrocher leur place dans le top 5. Il y a de l’enjeu dès le début du championnat, ce qui n’était pas le cas par le passé. C’est un grand pas en avant. Bien sûr, ce n’est pas parfait, mais on va dans la bonne direction.”

D’autant qu’il y a aussi de l’intérêt pour les équipes qui ne terminent pas dans le top 5…

“Tout à fait. L’avantage du Golden Group (top 5), c’est de jouer contre les meilleures équipes et de se battre pour une place au classement. En revanche, dans le Silver Group (5 autres équipes), les formations se battent pour décrocher le dernier ticket pour les playoffs. Il y a donc aussi de l’intérêt et de la compétitivité.”

Vous reconnaissez tout de même qu’à première vue, le système du championnat est compliqué à comprendre ?

“Au début, quand on m’a expliqué le principe, j’ai eu la même réaction que beaucoup de personnes : je n’ai rien compris. Après, quand on m’a montré avec des exemples concrets en plaçant les noms des équipes dans les brackets, c’est devenu beaucoup plus clair. Je pense qu’en pratique et après une saison, les gens vont comprendre le fonctionnement du championnat.”

Autre point de discorde dans l’esprit populaire : la différence de niveau entre les clubs belges et néerlandais.

“Il y aura toujours des gens pour critiquer. D’abord, il n’y a que 10 clubs, après c’est Ostende qui est toujours champion. Vous savez, c’est la même chose en football. Ce ne sont pas toujours Bruges, Anderlecht ou le Standard qui jouent. Il y a aussi des matchs avec des plus petites équipes, cela fait partie du sport. Ce sont des matchs qui, sur papier, sont moins attractifs mais qui ne le sont pas moins pour les supporters de ces équipes. Après, pour être honnête, si on évalue les équipes, oui, le championnat belge est un peu au-dessus. Mais des formations comme Leiden, Den Bosch ou Groningen sont de très bonnes équipes. Et s’il y a des plus petits clubs, c’est à nous de faire en sorte de les aider à évoluer. Mais dans un championnat avec 20 formations, il y a toujours des différences de niveau. C’est normal.”

Revenons à vos différentes casquettes. Est-ce facile de prendre des décisions pour la League sachant que cela pourrait avoir un impact sur votre club ?

“Quand Arthur Goethals (l’ancien président de la League) a annoncé qu’il partait, il m’a demandé si cela m’intéressait de le remplacer. Cela n’a jamais été mon ambition et ça ne l’est toujours pas. Nous avons essayé de trouver quelqu’un d’extérieur pour apporter une autre vision mais nous n’avons pas trouvé. En revanche, je tiens à préciser que ce n’est pas moi qui prends les décisions. Nous discutons ensemble et si on ne trouve pas de consensus sur un sujet, on procède à un vote. Et là, comme les autres, je possède une seule voix en tant que président de Limburg United. Je n’ai pas de deuxième vote en tant que président de la Pro Basketball Ligue. Je ne vote donc pas deux fois. Ce n’est jamais arrivé et cela n’arrivera jamais.”

En tant que président de la Pro Basketball League, comment voyez-vous la suite en regard de la crise sanitaire ?

“Je pense que le monde politique ne se rend pas compte de l’importance des spectateurs pour le basket. Et c’est frustrant car nous n’avons pas de contrôle là-dessus. Pour nous, jouer sans public, cela n’a pas de sens. Les acteurs ne jouent pas devant des scènes vides. Nous n’avons pas créé des clubs pour jouer entre nous.”

Sans parler de l’aspect financier…

“Il n’y a pas de transferts en basket ni de droits télé comme en football. D’où vient l’argent ? Des spectateurs ! Les fans viennent voir leur équipe préférée, espèrent la voir gagner et pour ça, de notre côté, nous essayons de conserver nos meilleurs joueurs. Mais sans spectateurs, ce n’est pas possible car il n’y a plus d’argent. Évidemment, j’aurais aimé conserver un joueur comme Hans Vanwijn, mais c’est impossible de lui offrir le même contrat que celui qu’il a obtenu en Espagne.”

Si le politique décidait de permettre de continuer la compétition, mais sans spectateurs (l’interview a été réalisée avant le Codeco de ce vendredi), quelle serait la position de la League ?

“Ça risque d’être comme l’année passée. Je pense qu’on devra jouer, même sans spectateur, car ne pas jouer, c’est encore pire. On peut essayer de postposer un maximum de matchs mais à un moment donné, en janvier, il faudra jouer, on n’aura plus le choix, même si c’est dans des salles vides malheureusement.”

Quelle serait la bonne solution ?

“Je pense qu’avec un CST, le port du masque et éviter de venir à la salle si on a des symptômes, c’est possible de jouer avec des spectateurs.”

Un petit mot sur le début de saison de Limburg United qui est loin des espérances ?

“C’est ma plus grosse déception dans l’histoire du club. Mis à part Ostende qui est encore au-dessus du lot et Anvers qui est juste en dessous, je pense que nous avons construit un effectif capable de jouer le top 3-4. En revanche, on s’est trompé sur notre meneur (Jahii Carson qui a quitté le club) et des joueurs n’étaient pas au niveau en début de saison. Ça va mieux ces dernières semaines et notre ambition est toujours d’aller décrocher une place dans le top 5. Il nous manque encore un gars capable de faire la différence dans les moments importants, comme le faisait Silas Melson la saison dernière.”

Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour la suite ?

“Le plus important, c’est que l’on puisse jouer au basket dans des salles pleines. Qu’on puisse célébrer, parler du match et boire une bière tous ensemble après les rencontres. Si on peut avoir ça, le reste, c’est à nous de faire en sorte d’avoir un produit attractif et visible.”